En bas de chez moi, dans le 11e arrondissement, il y a un resto de kebab turc et dans ce resto on retrouve souvent les mêmes personnages; l'un parmi eux est David Lesprit, il habite dans la maison à côté et de temps en temps il s'assoit sur le banc de la rue et chante du son avec des Bongos sur ses genoux. En fait, c'est à ce moment là que j'ai réalisé que mon voisin David fait partie de la scène musicale cubaine à Paris !
OD : Quel est ton parcours ? Comment es-tu devenu compositeur-interprète de musique cubaine ?
David Lesprit : J’ai étudié la clarinette et le solfège au conservatoire de Dijon. J’ai écouté tous styles de musique : classique, musique africaine et ethnique, les musiques du monde, le rock des années 1970, le jazz… Finalement, un jour en 1998 j’ai intégré un groupe de latin jazz, et là c’était mon coup de foudre pour cette musique cubaine dans laquelle se croisaient finalement beaucoup de ces influences qui avaient marqué mon parcours musical.
Dans ce projet latin jazz une rencontre se révélait importante avec le percussionniste, Gaston Dupire. Il détenait une importante collection de disques de musique cubaine que j’ai dévorée:
Alfredo Rodriguez, Mercedita Valdes, La Orquesta Aragon, Septeto Nacional, Orlando Maraca Valle, Cachao...
OD : Quand je te vois sur scène, tu ne joues pas que la clarinette mais aussi les bongos, les percussions mineurs (celles tenues à la main comme maracas, guiro, claves) et en plus tu chantes. Il faut donc être polyvalent pour jouer dans un groupe cubain ?
David Lesprit : Effectivement, cette musique est une combinaison minutieusement élaborée à partir d’éléments simples que j’ai eu besoin d’intégrer, je dirais corporellement, ce qui passe par la pratique des différents instruments. Ce qui m’amène à pratiquer également le piano et la guitare.
Si on devait tirer l’essence de cette musique c’est une clave, une mélodie, un chœur, un improvisateur et une énergie collective où tout le monde va rechercher une stimulation pour la danse.
OD : Ah, parlons du phénomène de la pratique de la danse salsa à Paris. Qu’en penses-tu comme musicien de salsa ?
David Lesprit : Je dirais que la pratique de la danse est une prolongation de ce qu’on ressent pour cette musique ; ici en France je note une certaine déconnexion entre musique et danse. Ce qui est assez révélateur c’est que les groupes de salsa parisiens ne sont pas tellement soutenus par les danseurs. Et les soirées de concert n’ont pas le succès qu’elles devraient avoir à mes yeux. Je pense que au plus on développe de l’intérêt pour la musique et au plus le corps réagit à son contact. La connaissance de cette musique par les danseurs parisiens reste encore assez superficielle. Mais c’est en train de changer : on note que les musiciens interviennent de plus en plus dans les écoles de danse pour permettre aux danseurs de décrypter plus en profondeur cette musique. Mais j’ai envie de répéter que cette démarche s’inscrit dans la recherche de sensations plus fortes. Un exemple flagrant c’est que l’on accède pas à la transe sans être un minimum initié à la musique des tambours ; et pour moi la salsa contient ces éléments de transe.
Ca fait 20 ans que la salsa est fortement présente et pratiquée dans la capitale et que cette culture commence à pénétrer les mœurs et les mentalités d’un certain nombre de parisiens.
OD : Faut-il comprendre l’espagnol pour vraiment comprendre la musique salsa ?
David Lesprit : Je pense que la langue reste un outil, mais l’essentiel reste ce qu’on ressent au contact de la musique qui peut être très fort sans qu’on comprenne pour autant l’espagnol. Cela dit, je note quand même pour avoir fait chanter au public des chœurs de salsa en français et improviser en français ça rajoute une dimension dans le contact avec le public qui prend conscience du partage qui se crée dans ces moments. Partage partagé sur la spontanéité de l’expression de l’improvisateur.
OD : Avec ton groupe, la Cubanerie, tu chantes en français ou en espagnol ?
David Lesprit : La Cubanerie est un septeto (basse, congas, bongo, tres, piano, trompette et moi au chant/clarinette). J’ai eu besoin de monter ce groupe pour exprimer ma sensibilité dans ma langue, en français, en utilisant les codes de la musique cubaine. Nous jouons une sélection de morceaux du répertoire traditionnel cubain (chanté en espagnol) ainsi que mes compositions chantées en français.
OD : Merci pour cet entretien. Un mot pour la fin ?
David Lesprit : J’espère que les salseros parisiens vont s’identifier à la musique de LA CUBANERIE qui se situe au croisement de la culture de la chanson française et de la musique cubaine !
Extrait vidéo d'un concert de La Cubanerie à Villebon-sur-Yvette — Avril 2010

