OD: A quelle occasion as-tu commencé à danser ?
Hamidine : C’est tout simple : après les examens de fin d’année
Leye, un copain d’études à la fac de sciences éco à Nanterre, m’a amené un soir
au Montechristo. C’était en 1997, les débuts de la salsa parisienne. J’y ai vu
danser Roberto El Cubano, Willy la Vipère et Agnès de Salsabor. Toute de suite
c’était un coup de foudre pour cette danse, j’ai passé tout l’été à
danser
!
OD: Et tu as réussi tes examens ou tu es passé au rattrapage ?
Hamidine : Evidemment j’ai réussi ;-) Mais la salsa a pris de plus en plus de place dans ma vie. Deux ans plus tard, après ma maîtrise, je pouvais déjà vivre un peu des cours de salsa. Pendant ma licence j’animais des soirées au Balajo, à la Casa 128 et l’Escurial. Il faut se rappeler qu’à l’époque il n’y avait pas encore beaucoup d’endroits où on accueillait les danseurs salsa, et très vite la demande était plus grande que l’offre : quelques fois, il fallait faire une queue de 100m pour entrer à la Casa 128. Ca serait inimaginable aujourd’hui !
OD: As-tu commencé par la cubaine ou la portoricaine ?
Hamidine : La cubaine, comme tout le monde à cette époque ! La porto est apparue à Paris seulement plus tard, avec Valérie Mitchelson et Clifford Jasmin de Salsabor vers 1999. Je pratiquais uniquement la cubaine jusqu’en 2003. Après, j’ai commencé à voyager, et en allant aux congrès à Murcia en Espagne, à Zurich, à Los Angeles, je me suis rendu compte qu’à l’étranger on dansait plus la porto que la cubaine. Ainsi c’est un peu par nécessité que je me suis mis à danser la porto, car dans les congrès internationaux je ne trouvais personne pour danser. Mais en réalité mon cœur bat toujours à 80% cubano !!
OD: Aujourd’hui, on ne te retrouve plus sur les pistes de danse à Paris, tu t’es installé à Nice et tu es devenu l’incontournable maître salsero de la Côte d’Azur… Pourquoi ce départ dans le sud?
Hamidine : Ca commençait en 2002; je donnais des week-end de stages une fois par mois à Nice, puis je m’y suis plu, je suis même tombé amoureux d’une personne et j’y suis resté. A cette époque la qualité et l’ambiance des soirées salsa à Paris ne me plaisaient plus ; ce que j’ai connu au début, fin des années ’90, la simplicité, la convivialité, le simple plaisir de danser la salsa n’existaient plus dans la capitale. Il s’est installé une sorte de compétition…
OD: … entre les amateurs ou entre les pros?
Hamidine : Il n’y avait pas tellement de structures pro à part Salsabor
et peut-être deux autres écoles. C’était une compétition entre une nouvelle
génération des danseurs qui voulaient progresser très vite. Tant mieux pour
eux ! Mais je considère que le plus important c’est le respect, et
celui-ci faisait défaut. Le simple plaisir de danser a cédé la place à une
sorte de compétition de technicité sur la piste ; par exemple, qui fait
plus de tours, qui connaît la passe la plus compliquée, etc.
A Nice, c’était différent, c’était encore un terrain vierge, la salsa était encore à ses débuts, j’y ai retrouvé une ambiance plus conviviale, plus simple. Dans mon premier cours au Mexican Café j’avais trois élèves – un mois plus tard, ils étaient déjà quarante ! En 2003 on n’était que quatre profs dans la région niçoise, il y avait une ou deux soirées par semaine. Aujourd’hui, il y a plusieurs sorties par jour (voir le site www.websalsazur.com).
OD: Quelle est ta pédagogie ?
Hamidine : D’abord, il faut savoir que je suis auto-didacte : je n’ai pas pris de cours, mais j’ai beaucoup observé puis bataillé sur la piste (rire). Dans un premier cours d’initiation j’essaie de faire en sorte que les personnes accrochent avec la salsa : je m’y restreins à deux ou trois pas de base et un petit enchaînement tout simple qui suffit à s’amuser en soirée. Il faut qu’en repartant ils ne soient pas frustrés mais aient l’impression que si on est motivé on peut apprendre très vite.
Le plus difficile pour les français c’est l’expression corporelle ; ici à Nice nous avons beaucoup de touristes italiens et quand je les regarde danser j’ai l’impression qu’ils ont plus de facilités avec leurs corps. Je ne sais pas à quoi c’est lié, peut-être ont-ils plus de confiance en eux…
Hamidine et sa troupe Salsa All Styles
Hamidine : J’ai une troupe, Salsa All Styles, constituée de quatre garçons et une fille. Comme le nom l’indique chacun a son style : il y a un danseur de claquettes et de hip-hop, un de capoeira, un de reggaeton, et la fille était membre de l’équipe de France d’acrogym. Nous mettons tout ça dans une sauce salsa… Nous nous produisons dans plein d’endroits : Italie, Los Angeles, Dubai...
