Aah ce Félicien... vous avez certainement croisé ce danseur sur les pistes de salsa cubaine à Paris : cheveux longs, corps athlétique mais souple, très bon danseur... en somme un remake de Patrick Swayze, type salsero. Mais Félicien ne se limite pas à la salsa, il danse et enseigne également la Kizomba, le West Coast Swing et la Bachata. En plus c'est un garçon vraiment sympathique et convivial qui, comme on peut le voir sur les photos, danse avec tous le monde : femmes, enfants et hommes!

OD : A quelle occasion as-tu commencé à danser ?

Félicien Rossa : J’ai commencé grâce à mon père ! C’est un danseur de rock qui organisait des soirées chez nous à Caen tous les mois. On avait une grande maison et on accueillait entre 100 et 200 personnes. J’avais 14 ans lorsque j’invitais pour la première fois une fille à danser. J’ai pratiqué pendant quatre ans de manière intensive les danses swing (rock 4 et 6 temps, lindy hop, rock acrobatique…). A seize ans je me suis retrouvé même à donner des cours avec la partenaire de mon prof dans un centre culturel près de chez moi… à des élèves qui avaient trente ans plus que moi ! Ca se passait très bien, personne ne me remettait en question ; c’est amusant parce que les gens te donnent du crédit dès qu’on se place en tant que professeur.

OD : Alors avec un tel démarrage de jeune prodige pourquoi n’as-tu pas choisi de te consacrer entièrement à la danse ?

Félicien Rossa : Tout simplement parce qu’à Caen il n’y a pas assez de demande. On avait déjà quelques très bon professeurs et je ne voyais pas ce que je pouvais apporter de plus. Je n’avais pas encore pris conscience à cette époque que mon style et ma façon de « voir » la danse pouvait intéresser les gens. Du coup je me suis orienté vers une autre profession : l’ostéopathie.

OD : Quelle est la différence entre l’ostéopathie et la kinésithérapie ?

Félicien Rossa : Pour faire simple : la kiné s’oriente vers la rééducation alors que l’ostéopathie se veut plus globale. On peut aller voir l’ostéopathe pour des douleurs classiques (dos, bassin, nuque,…) mais aussi pour les troubles de sommeil, des problèmes digestifs, de la fatigue, etc.

OD : Est-ce que l’ostéopathie t’apporte quelque chose pour la danse ? Sais-tu mieux isoler les mouvements de tes articulations que le commun des mortels ?

Félicien Rossa : Non (rire) pas de mouvements magiques réservés aux ostéopathes ! Par contre mes années d’études passées à travailler sur le ressenti m’ont beaucoup aidé pour le développement de ma sensibilité artistique, tant au niveau du guidage que de l’écoute musicale.

OD : La danse est-elle bon pour la santé morale et physique ?  A un patient qui a mal de dos ou qui a une dépression pourrais-tu lui prescrire de pratiquer la salsa ?

Félicien Rossa : A un patient qui a mal au dos, je lui dirais de se reposer (rires). Par contre, en cas de dépression, en plus du traitement adéquat, je lui conseillerais sûrement de se mettre à la danse, car elle a un effet relaxant évident pour beaucoup de monde. C'est ce que j'appelle une saine addiction ! Et puis, ça permet de sortir de chez soi, de rencontrer des gens facilement, et de découvrir qu'on est capable de faire de belles choses, dont on ne s'imaginait pas capable, une fois porté par un morceau qui nous "parle".

OD : Aujourd’hui on ne te connaît pas tellement pour le rock mais surtout pour les cours de salsa cubaine. On dansait ça aussi chez tes parents ?

Félicien Rossa : Absolument pas. A l’époque de Caen j’étais même anti-salsa ! Il y avait toujours deux ou trois danseurs de salsa qui insistait pour mettre quelques morceaux dans les soirées rock et ça m’insupportait. Le déclic m'est venu, comme beaucoup de choses dans la vie, par une femme : ma compagne de l’époque. Comme elle n’avait pas le même niveau en rock que moi, elle voulait qu’on commence une nouvelle danse où on débuterait tous les deux. C’est ainsi que je commençais la salsa… portoricaine, car c’était la seule enseignée à Caen ! Huit mois plus tard je déménageais à Paris et sur les conseils d’amis je suis allé à la Pachanga au cours d’Isaac qui enseignait la porto. Je n’ai pas accroché avec l’ambiance et je suis allé essayer les cours de David Fagour en cubaine, et je suis tombé amoureux de la salsa cubaine… et de David aussi ! C’est grâce à lui que j’ai eu envie de pratiquer la cubaine, et que j’ai trouvé l’inspiration pour l’ambiance que j’essaie de créer dans mes cours.
Il y a cinq ans, en rentrant à Caen pendant les vacances, j’ai proposé à des amis de leur montrer les mouvements de rueda qu’on pratiquait à Paris puisqu’à Caen la rueda était quasiment inconnue. Nous nous sommes retrouvés au port en plein air à danser, une demi-douzaine le premier jour, quinze le lendemain, trente le surlendemain, pour finir à 80 au bout de deux semaines. Ca a duré tout l’été. On n’a même pas imaginé à l'époque qu’il fallait une autorisation pour pouvoir danser dans un lieu public, mais notre sono était vraiment faible, donc pas vraiment de nuisance pour les voisins, qui avaient de toute manière plutôt tendance à venir voir ce qui se passait avec curiosité et envie.
Ce sont mes amis qui ont découvert mon potentiel et m’ont encouragé à donner des cours.

OD : D’où viennent tes nouveaux mouvements? Tu les inventes, tu les observes chez d’autres danseurs sur la piste ou sur YouTube, ou est-ce que tu te perfectionnes dans des cours?

Félicien Rossa : Tout ça à la fois. J’observe beaucoup en soirée, danseurs comme danseuses car il me faut les deux points de vue, je regarde aussi quelques vidéos sur internet. J’aime beaucoup aller dans les cours de « collègues » car je trouve nécessaire de remettre en question sa pédagogie et sa façon de faire et qu’il y a beaucoup de profs de talent sur Paris. Ca serait dommage de s’en priver !
Mais ma plus grande source d’inspiration reste Santiago de Cuba.  J’y ai découvert une nouvelle façon de danser. Que ça soit au niveau énergie, mouvement et interprétation musicale, il y a une vision complètement différente de la salsa là-bas. On ne se demande pas qui est le meilleur danseur, qui a la meilleure passe ou le dernier pas à la mode, on danse pour le plaisir, et c'est tout. Et c’est quelque chose que je trouve qu’on a un peu tendance à délaisser ici à Paris.

OD : Crois-tu vraiment que les milliers de danseurs parisiens qui occupent les pistes tous les soirs ne le font pas pour leur plaisir?

Félicien Rossa : Pas du tout ! Simplement je trouve qu’on a tendance à oublier la notion de partage avec les partenaires. Par exemple à Cuba on peut voir un danseur « performer » qui va enchaîner des mouvements compliqués et à son côté un autre qui ne fait que des enchufela et des dile que no, et qui ne se sentira pas obligé pour autant d’en faire plus, le principal étant de prendre du plaisir à danser quelque soit son expérience.

OD : Donc au fond ici les gens semblent plus soucieux du regard des autres?

Félicien Rossa : Oui, je pense que c’est un phénomène de société. C’est notre culture qui veut ça. On a appris à se sentir jugé et à chercher à se dépasser sans prendre en compte notre propre plaisir. Et c’est quelque chose que je désapprends à Santiago et c’est pour cela que je conseille à tous les danseurs de prendre le temps de découvrir cette culture.

OD : Ou donnes-tu des cours actuellement ?

Félicien Rossa : Je donne principalement mes cours à Massy, le mercredi soir, avec l'association El Mundo Latino, dirigée par un couple d'amis, et avec qui je travaille depuis plus de 4 ans maintenant. J'y enseigne la salsa cubaine et la bachata. Nous organisons également des stages ponctuels de cha cha, de kuduro, ou d'isolations et mouvements du corps, servant beaucoup dans les danses latinos. Et nous avons comme projet d'ajouter aux possibilités de nos adhérents des cours de kizomba cette année.
Le mardi je suis dans une salle de sport à la Motte-Picquet, à Paris, et je donne des stages ponctuels Porte de Montreuil, avec l'association A Lo Cubano.

OD : Merci pour cet entretien. Un dernier mot?

Félicien Rossa : Tout d'abord merci à toi pour ton temps, et pour l'énergie que tu mets dans ton site, car je me doute que ce n'est pas une mince affaire.
Ensuite, un grand merci à tous ceux qui croient en moi et m'aident à développer mes projets. J'ai des ambitions qui parfois sont un peu trop importantes pour mes seules épaules, et même si on a tendance à ne pas y faire attention, un professeur est toujours inspiré et entouré par les gens qu'il cotait.
Et enfin, j'espère que la danse en règle générale continuera à se développer, et que les gens garderont bien en tête que c'est avant tout un partage, et qu'un partage se fait à plusieurs, et non pas seul dans son coin…