OD : Sève, raconte-nous un peu ton parcours.
Sève : J'ai commencé la danse très tôt, comme beaucoup de jeunes filles, par la danse classique, puis Modern Jazz. Mes parents étant des passionnés de musiques caribéennes et latines, j'ai baignée dès mon enfance dans ces influences musicales, j'ai dansé avec mon père la salsa et le cha-cha-cha, sans aucune technique, pour le pur plaisir. Plus tard j'ai poursuivi des études jusqu'au DEA de sociologie, tout en assurant des contrats de danse, principalement jazz, pour subvenir à mes besoins financiers d'étudiante.
Lors d'un séjour aux Etats-Unis, j'ai pu me rendre compte que la salsa pouvait être très technique et qu'il y avait un mélange de danse jazz et africaine qui me faisait vibrer. Quand je suis revenue sur Paris, j'ai fait la connaissance de Clifford Jasmin et Valérie Mitchelson qui m'ont demandé d'intégrer l'équipe de Salsabor, d'abord comme danseuse, puis aussi comme professeur. En 2006 j'ai fondé l'association Latin Dance Fuzion qui organise des cours, des stages, des spectacles, des soirées et des séjours.
OD : Des séjours à Cuba comme tout le monde?
Sève : Eh bien, non! Vu ma formation en salsa portoricaine nos voyages sont en destination de Porto Rico où a lieu tous les ans le grand Puerto Rico Salsa Congress sur lequel on cale nos dates depuis 1999. En fait, Porto Rico fait partie des Etats-Unis, c'est donc une ambiance complètement différente de Cuba. Mais ces deux îles restent des lieux de pèlerinage pour un passionné de salsa. Pendant le congrès à Porto Rico on peut voir des gens de 7 à 77 ans danser. Il y a des spectacles exécutés par des enfants de dix ans avec une technique irréprochable.
OD : La porto telle que l'on l'enseigne ici se danse sur une"ligne" contrairement au "cercle" attribué à la salsa cubaine; en plus elle peut sembler plus "technique" que la cubaine. Mais à Porto Rico est-ce qu'on danse vraiment la salsa "portoricaine" comme ça?
Sève : Comme à Cuba, on trouve des danseurs populaires dansant la salsa sans être trop technique. En revanche, ce sont des danseurs qui dégagent de véritables émotions car ils dansent avec le cœur et avec toutes leurs traditions, cultures. Puis il ya la salsa plus académique
apprise dans les écoles de Porto Rico. On assiste à de véritable prouesse technique et artistique laquelle est présente dans plusieurs coins du globe.
OD : J'ai suivi tes cours de shines au Studio Massaro et j'ai beaucoup apprécié ta pédagogie car tu t'adaptes bien aux niveau des participants, tu consacres assez de temps à le répétition des détails. Quelle est ta vision de la pédagogie de la salsa?
Sève : On pourrait en parler pendant des heures! Je pense que le professeur, comme dans toutes disciplines, doit être passionné, généreux et naturel. Le naturel s'obtient grâce à la maîtrise de la technique, à l’expérience. J’ai toujours aimé transmettre et essayer de trouver tous les gestes, paroles afin de faire évoluer les participants tout en tenant compte de leur personnalité. Puis, au fur et à mesure des années, la quantité de cours donnés et les nombreuses scènes internationales m’ont donné encore plus de savoir faire.
OD : Où donnes-tu tes cours?
Sève : Je donne des cours au Studio Massaro et dans les soirées que j'organise avec Gaby, le fameux DJ parisien qu'on pourrait appeler le doyen de la salsa portoricaine à Paris. On a une soirée hebdomadaire, le dimanche au club O'Sullivans, et une fois par mois nous proposons des soirées événementielles dans les beaux endroits de la Capitale.
Depuis peu, O’Sullivans nous permet de mettre en place des concerts salsa une fois par mois, les mercredis ou les dimanches.
Sève & Jerry — ChaCha Dancing Woman
De façon très ponctuelle, mon partenaire Jerry Cothias et moi parcourons la France et l’étranger afin de transmettre notre passion en enseignant et en dansant. Nous avons plusieurs chorégraphies à notre actif. Les derniers mois, je suis allée à Cannes, Nancy, Strasbourg, Dijon, Belgique, Le Mans.
J’ai aussi créé une compagnie de danse les fuzionneurs
. Nous pouvons nous produire sur scène entre un à trois couples de danseurs. Nous travaillons avec quelques agences événementielles, des musiciens et des particuliers pour soirées privées. J’aime chorégraphier pour un groupe. La plupart des danseurs du groupe sont professionnels et donnent aussi des cours de danses.
OD : Merci, Sève, pour cet entretien. Pour finir, quelle était l'anecdote la plus bizarre que tu as vécue avec la salsa?
Sève : Plusieurs me viennent à l’esprit. A l’époque, je travaillais en tant qu’Assistante de Direction dans une petite entreprise. Je cachais ma seconde profession à tous mes collègues. Une fois, j’avais dansé dans une commune non loin. Mon partenaire et moi apparaissions en poster au milieu du journal mensuel de la ville. Je n’étais bien sûr pas au courant que cette somptueuse photo jusqu’au jour où l’un des collègues me montre le journal avec une grand sourire en me disant que ce dernier avait déjà passé dans les mains de tout le service. Le lendemain, mon directeur général, à ma grande surprise a trouvé ma passion bien sympathique!!
Sève & Jerry
